Terre sauvage de récolte - Estérel
Tout commence dans le massif de l’Estérel.
Une terre rouge, brute, prélevée en petite quantité dans un paysage auquel je suis profondément attachée. Sa couleur évoque immédiatement les roches rouges si caractéristiques du massif. L’idée de pouvoir transformer cette matière locale en céramique s’est imposée comme une évidence.
Mais entre une poignée de terre récoltée et une pièce sortie du four, le chemin est long.

De la terre brute à la terre à tourner
Une terre sauvage contient naturellement des pierres, du sable, des fragments végétaux et de nombreuses particules qui doivent être éliminés avant de pouvoir envisager son utilisation.

Après la récolte commence donc un véritable travail de préparation. La terre est séchée, fragmentée puis remise en suspension dans l’eau. Elle est ensuite longuement mélangée, tamisée à plusieurs reprises pour éliminer progressivement les éléments indésirables et obtenir une matière de plus en plus fine et homogène.
L’excès d’eau doit ensuite être retiré lentement jusqu’à retrouver une consistance permettant de travailler la terre.

Mais une terre sauvage n’a pas été formulée pour devenir une terre de potier.
Il faut apprendre à la connaître : observer sa plasticité, son retrait au séchage, sa réaction au tournage, sa résistance et son comportement à haute température. À l’atelier, je l’associe donc à d’autres matières céramiques afin d’obtenir une pâte que je puisse tourner tout en conservant au maximum le caractère, la texture et surtout la couleur de la terre d’origine.
La formulation exacte de ce mélange fait partie des recherches de l’atelier.
Le temps des essais
Vient ensuite une étape essentielle : les tests de cuisson.
Une terre inconnue doit être observée progressivement à différentes températures. Sa couleur évolue, sa structure se transforme, son retrait se poursuit et son comportement peut changer de manière spectaculaire à quelques dizaines de degrés près.
Chaque cuisson apporte une information. Certaines sont encourageantes, d’autres obligent à revenir en arrière, à modifier la préparation ou à tenter une nouvelle température.
Il faut tester, noter, comparer… puis recommencer.
Trouver les bons émaux
Une fois la terre maîtrisée vient une nouvelle série d’expérimentations : celle des émaux.
Tous ne réagissent pas de la même manière sur cette terre riche en matières minérales. Un émail magnifique sur un grès blanc peut devenir totalement différent sur cette terre rouge : changer de couleur, révéler de nouvelles nuances, buller, couler ou simplement ne pas créer l’accord recherché.
Je réalise donc des essais pour observer les réactions entre la terre, les différents émaux, leur épaisseur et les températures de cuisson.

Certaines pièces sont volontairement peu émaillées. J’aime conserver de larges zones de terre nue afin que sa couleur naturelle reste visible et que l’on puisse réellement percevoir la matière dont elles sont issues.
Une matière qui demande du temps
Plusieurs mois peuvent ainsi séparer la récolte de la terre et les premières pièces abouties.

C’est un processus lent, fait de préparation, d’attente, d’essais, d’échecs parfois et de découvertes inattendues. Il serait évidemment beaucoup plus simple d’ouvrir un sac de grès déjà préparé.
Mais ce ne serait pas la même histoire.
Chaque pièce de cette collection contient une petite part du massif de l’Estérel. Une terre récoltée, transformée patiemment à l’atelier puis portée à haute température jusqu’à révéler cette couleur rouge profonde qui la rend immédiatement reconnaissable.

De la terre du massif à l’objet, le feu achève un travail commencé plusieurs mois auparavant.