Le geste

Tout commence par le geste.

Au tour, les mains centrent la terre, l’ouvrent, la montent et l’accompagnent jusqu’à ce qu’une forme apparaisse. La pression des doigts, leur position, leur vitesse, la quantité d’eau : chaque détail compte. Le geste doit être précis, mais jamais complètement figé. Il faut savoir guider la terre sans chercher à tout contrôler.

Vient ensuite le tournassage. Lorsque la pièce a atteint la bonne consistance, elle retourne sur le tour. Le geste change : il devient plus incisif, plus précis. J’enlève de la matière, affine un pied, redessine une courbe, cherche un équilibre. J’aime parfois laisser visibles certaines traces du tournassage. Elles racontent la fabrication de la pièce et lui donnent son mouvement.

Puis viennent les gestes d’assemblage : poser une anse, tirer un bec, réunir deux volumes, ajouter ou retirer de la matière. Là encore, il faut intervenir au bon moment et avec justesse. Trop tôt, la terre se déforme. Trop tard, elle résiste.

Le décor introduit une autre façon de travailler. Déposer un engobe, tracer au pinceau, faire couler une matière, imprimer une texture… Certains gestes sont maîtrisés, d’autres volontairement plus libres. J’aime laisser une part à l’accident, au mouvement du pinceau, à une coulure ou à une trace que je n’avais pas exactement prévue.

L’émaillage, enfin, possède lui aussi ses gestes : tremper, verser, superposer, essuyer, pulvériser parfois. Une seconde de plus, une inclinaison différente ou une couche plus généreuse peuvent transformer le résultat après cuisson.

Créer une pièce est ainsi une succession de gestes précis, appris et répétés. Avec le temps, certains deviennent presque instinctifs.

Mais la maîtrise ne consiste pas à tout contrôler.

Elle permet aussi de savoir quand s’arrêter, quand laisser la matière faire sa part et quand accepter de ne pas connaître exactement le résultat.

C’est probablement dans cet équilibre entre le geste maîtrisé et le lâcher-prise que je trouve le plus de liberté.