Terres & émaux
La matière est toujours le point de départ.
Je travaille principalement le grès et la porcelaine, choisis pour leur texture, leur couleur et leur comportement au tournage comme à haute température. Grès blancs, roux, noirs ou chamottés, grès porcelainiques, porcelaine très blanche : chaque terre possède son caractère et appelle une manière différente de la travailler.
J’aime les terres qui restent présentes après la cuisson. Une texture, un grain, une couleur naturelle ou les traces du tournage peuvent devenir une partie essentielle de la pièce. Certaines sont laissées volontairement nues, d’autres seulement partiellement émaillées afin de conserver ce dialogue entre la terre brute et la surface transformée par le feu.
Les émaux
Les émaux prolongent cette recherche.
J’utilise certains émaux pour leurs qualités particulières – la transparence et les nuances des céladons, la douceur d’une surface mate ou satinée – mais je développe également mes propres recettes à l’atelier. Peser les matières premières, modifier une proportion, ajouter un oxyde, ajuster une densité ou superposer deux émaux fait partie intégrante de mon travail.
Je m’intéresse particulièrement aux émaux dont le résultat varie avec la terre qui les reçoit, leur épaisseur et la cuisson. Un même émail peut devenir profond et brillant, mat, nuancé, laisser apparaître une bordure plus sombre ou au contraire révéler le relief et les traces du geste.

Le Tenmoku de l’atelier
Le Tenmoku que j’utilise sur de nombreuses pièces est préparé directement à l’atelier à partir de matières premières et d’oxydes pesés puis mélangés selon ma propre recette.
J’aime particulièrement sa profondeur et ses variations. Selon la terre, l’épaisseur déposée et la forme de la pièce, il peut passer d’un brun presque noir à des nuances plus chaudes, parfois bronze ou olive. Sur les arêtes et les reliefs, il s’affine et laisse davantage apparaître la matière qui se trouve dessous.
C’est un émail que j’aime justement parce qu’il n’est jamais totalement uniforme. Il accompagne les volumes, souligne les traces du tournage et donne à chaque pièce une profondeur différente.

Les émaux de cendres
Les émaux de cendres occupent également une place particulière dans mes recherches. Je récupère notamment les cendres de bois de la cheminée pour les intégrer, après préparation, à certaines recettes. J’aime cette idée simple de transformer une matière destinée à disparaître en une nouvelle surface minérale.
Je travaille aussi ponctuellement avec des terres récoltées et des matières naturelles, dans une recherche plus expérimentale à laquelle une partie de l’atelier est consacrée.
Tout cela demande beaucoup d’essais : des plaques tests, des recettes notées, des cuissons, parfois des échecs, puis de nouveaux ajustements.
Car je ne cherche pas une surface parfaitement reproductible. Je préfère les émaux qui réagissent avec la terre et le feu, ceux qui laissent apparaître des nuances et donnent à chaque pièce une présence légèrement différente.

La terre donne sa matière. L’émail la transforme. Le feu décide d’une partie du reste.